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Affichage des articles du octobre 18, 2026
  Solidarité      En feuilletant mes albums photos, je suis tombé sur celle représentant un panneau « Solidarnosc » ornant fièrement un mur de Cracovie, cliché que j’avais immortalisé quelques années auparavant. Alors que bars et restaurants restent désespérément fermés, certains patrons d’estaminets ne se plient pas aux directives fédérales et ouvrent leur porte à une clientèle qui ne se fait pas prier pour se mettre au chaud, les pieds sous la table. Ces derniers résistants seraient principalement situés en Suisse alémanique nous dit-on. Présentée ainsi, l’information est sensée provoquer une réaction vive auprès d’une population qui suit l’évolution de la bête immonde, jour après jour, terrée au fond de son salon, les yeux rivés sur leur écran cathodique. Les normes sanitaires sont pourtant scrupuleusement respectées, par les clients et par le personnel, condition sine qua non à cette aimable rébellion. Il n’est point question de fête de la bière...
  Photo de nu   La période n’est pas simple à vivre certes, et elle induit des situations pour le moins étranges. Ainsi, la plupart des reportages se déroulent actuellement masqués. Il s’avère parfois difficile, dans l’intimité d’une interview, de saisir cette émotion que j’aime habituellement tant déceler chez mon vis-à-vis et pour la faire ressurgir dans mes lignes, ce mouvement imperceptible qui révèle l’expression d’une passion, déclenchant l’inspiration dont j’ai besoin pour laisser courir ma plume. La moitié du visage camouflée sous une pièce de tissu, il est alors impossible de voir ce sourire, ou ce rictus, qui traduit une angoisse ou une joie, ce frémissement de la lèvre qui trahit une parole non dite et qui exprime souvent plus que tous les mots. Cette entrave à la communication non verbale s’impose comme une gêne de tous les instants, une sorte de dialogue entre deux êtres désincarnés d’où toute émotion ne peut s’échapper. Ce jour-là, je pensais avoir touc...
  Le décrassovirus Une certaine lassitude s’empare de moi après avoir lavé six fois les vitres du salon. Que pourrais-je faire de mon confinement aujourd’hui ? Étant donné que j’ai les mains dans l’eau - il paraît que c’est bon pour les rhumatismes, un tennisman de mes connaissances l’a dit à un conseiller fédéral qui me l’a répété - je m’attaque au gros œuvre. À la demande générale de moi-même, chaque tiroir de la cuisine sera ouvert, vidé, nettoyé avec le risque d’y retrouver des trésors enfouis depuis bien longtemps. J’en vois d’ici qui rient sous cape. Déballez vos compartiments à couverts et casseroles, nous en reparlerons après. Après une grosse heure de concert, solos de batterie et percussions, je me rends à l’évidence. Je craignais le pire, il est arrivé. Des objets dormant bien identifiés s’entassent pêle-mêle sur le plan de travail, qui ressemble plus à une brocante qu’à l’usine à bons petits plats qu’il fut jadis. Un reste de saucisson très sec pour le coup, trois gra...
  Entre nous Je me suis souvenu de cette nuit de Noël, j’avais alors une dizaine d’années. Affrontant le froid nocturne, je m’étais glissé hors du lit pour voir si le père Noël était passé. Sous le sapin qui exhalait sa bonne odeur de résineux dans la pièce, mes yeux d’enfant émerveillé avaient découvert des paquets déposés sous les branches par des mains aimantes. Un demi-siècle plus tard, j’observais le magnifique ciel étoilé qui me rappelait la magie de cette nuit gravée à tout jamais dans un coin de mon cerveau. En pensant à ce monde qui sombre chaque jour un peu plus dans le chaos, j’imaginais des hommes et femmes responsables assis autour d’une immense table, pourquoi pas dans une de nos belles et inspirantes forêts de conifères, décidés à agir pour le bien de l’humanité. Ménager les enfants de la folie des adultes, sauvegarder nos mères, nos femmes et nos filles, faire abstraction des différences de races et de religions, sauver cette planète qui nous abrite, nous offrant gé...
  La photo de classe des mots Tels des élèves convoqués pour la photo de classe, les mots sont arrivés en ordre disparate. Les moins grands se cachant derrière les plus téméraires dans un brouhaha duquel s’échappait de-ci de-là un « A » ou un « O » d’exclamation. Déjà, les consonnes turbulentes bousculaient tout ce petit monde, le « F » faisant fi du « I », le « G » pressé emportant le « O » par le bras pour donner le signal du départ. Mais celui-ci ne répondit pas à l’invitation, penché sur le « K » malheureusement tombé au sol « KO » pour finalement se relever « OK ». Les syllabes se regroupèrent rapidement par affinité pour échanger les derniers potins issus des phrases voisines. Un « P » s’échappa subrepticement du lot, sans doute lâché par un « Q » se pensant tout seul. Les chuchotements se turent quand la syntaxe proposa d’organiser ce groupe indiscipliné et un peu trop turbulent pour elle. Le « I » qui remplaçait le « Y » parti en vacances à Athènes, se mit à la rech...