Solidarité
Alors que bars et restaurants
restent désespérément fermés, certains patrons d’estaminets ne se plient pas
aux directives fédérales et ouvrent leur porte à une clientèle qui ne se fait
pas prier pour se mettre au chaud, les pieds sous la table. Ces derniers résistants
seraient principalement situés en Suisse alémanique nous dit-on. Présentée
ainsi, l’information est sensée provoquer une réaction vive auprès d’une
population qui suit l’évolution de la bête immonde, jour après jour, terrée au
fond de son salon, les yeux rivés sur leur écran cathodique.
Les normes sanitaires sont pourtant
scrupuleusement respectées, par les clients et par le personnel, condition sine
qua non à cette aimable rébellion.
Il n’est point question de fête
de la bière, ni de banquets pantagruéliques, non, mais plutôt d’entrepreneurs
qui ont beaucoup investi avec l’impression de tout perdre. Ils ont mobilisé leur
temps et leur argent, sacrifiant souvent leur vie de famille, pour maintenir à
flot coûte que coûte l'auberge de leur rêve, parfois issue d’une passion pour
l’art culinaire ou appartenant au giron familial depuis de nombreuses
décennies.
À l’heure où les instituts de
sondage nous annoncent qu’un établissement sur deux est menacé de disparaître,
je rêve de l’élan dont tout un chacun devrait faire preuve.
J’imagine le consommateur réserver
une partie de son budget hebdomadaire destiné aux mammouths de la distribution
qui s’engraissent les yeux mi-clos, pour aller chercher des plats du jour à emporter,
ajoutant ainsi sa pierre à l’édifice.
Ne serait-ce pas là une belle
leçon de solidarité ? Solidarnosc en polonais…
Chronique du confinement écrite le 18 janvier 2020
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